Ces derniers temps, le marché des imprimantes 3D FDM fermées haut de gamme a été dominé par un acteur majeur : Bambu Lab. Avec ses machines, la marque a imposé un standard de vitesse, de fiabilité et d’expérience utilisateur que la concurrence peinait à égaler. Quelques prétendants ont tenté leur chance ; Creality avec l’Ober ou la K2 Plus et Qidi avec la X-Max 3 sans jamais véritablement détrôner l’actuel leader.

Elegoo, de son côté, était jusqu’ici surtout connu pour ses excellentes imprimantes résine (la Saturn, la Jupiter), mais très peu présent sur le segment FDM fermé. La Centauri Carbon 1, sortie en 2025, avait constitué un premier pas très prometteur mais auquel il manquait un système multicolore.

Début 2026, Elegoo revient avec une nouvelle version : la Centauri Carbon 2. La promesse est ambitieuse : offrir une machine Core XY fermée, multicolore, silencieuse et rapide à un prix très agressif. J’ai pu la tester pendant trois semaines complètes. Après des dizaines d’heures d’impression et une cinquantaine de modèles différents, voici mon verdict.

Fiche technique

Caractéristique Détails
Technologie FDM, cinématique Core XY
Volume d’impression 256 × 256 × 256 mm
Vitesse max annoncée 500 mm/s
Accélération max 20 000 mm/s²
Température buse Jusqu’à 350 °C
Température plateau Jusqu’à 110 °C
Type de plateau PEI magnétique flexible
Système de nivellement Auto-nivellement multipoints
Extrudeur Direct Drive (double engrenage)
Filaments compatibles PLA, PETG, ABS, ASA, TPU, PA, PA-CF, PC
Connectivité Wi-Fi 2,4 GHz / 5 GHz, USB-A, caméra intégrée 1080p
Interface Écran LCD tactile couleur 4,3″
Niveau sonore < 45 dB (en fonctionnement normal)
Dimensions machine 390 × 370 × 465 mm
Poids ~9,5 kg
Prix ~350 € (seule) / < 500 € (avec module CC2 multicolore)

Déballage et Installation : une mise en route soignée

L’emballage

La Centauri Carbon 2 arrive dans un emballage dense en mousse moulée, bien conçu pour protéger la machine lors du transport. Tous les accessoires sont soigneusement organisés : bobine de PLA de démarrage, outils (clés Allen, pince, cutter), câbles et documentations. Un soin appréciable, surtout dans cette gamme de prix.

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L’assemblage

Comme beaucoup de machines modernes, la CC2 arrive en grande partie pré-assemblée. L’installation se limite à libérer le plateau en retirant 3 vis clairement identifiées et à brancher quelques connecteurs ainsi que les tubes PTFE qui permettent de guider les filaments jusqu’à l’extrudeur. Comptez moins de 30 minutes pour être opérationnel, même sans expérience préalable. Une vidéo de démarrage est accessible via un QR code imprimé sur l’emballage.

La calibration initiale

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C’est ici que la CC2 impressionne d’emblée. Une fois allumée, la machine propose une séquence de calibration automatique complète d’environ 30 minutes : mesure de la résonance (Input Shaping), auto-nivellement du plateau multipoints, calibration du Z-offset et de la pression d’extrusion. Le tout se fait de façon entièrement automatique, avec des instructions claires à l’écran. À la fin de cette séquence, la machine est prête à imprimer. Un vrai plaisir.

Ergonomie sobre mais design imparfait

Construction générale

La Centauri Carbon 2 adopte le form-factor d’un cube fermé devenu standard dans cette catégorie. Le châssis est en aluminium extrudé avec des panneaux en plastique noir mat. La construction est globalement solide, les axes bougent sans jeu perceptible et les rails semblent de bonne facture. Cela dit, à y regarder de près, certaines finitions trahissent l’économie réalisée par Elegoo : les panneaux latéraux en plastique manquent de rigidité, et quelques points de fixation semblent moins précis que sur une Bambu Lab P1S.

Le module multicolore Canvas : la grande évolution

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C’est la pièce maîtresse de cette nouvelle version, et c’est là qu’Elegoo a le plus travaillé. Le module Canvas se fixe sur le côté de la machine et peut alimenter la tête d’impression en quatre couleurs différentes via un système de tubes PTFE.

Contrairement à l’AMS de Bambu Lab, qui est un boîtier entièrement fermé et motorisé, le module Canvas est un système ouvert où les bobines sont accessibles directement. Cela a des avantages et des inconvénients. D’un côté, la mécanique est plus simple, moins susceptible de se bloquer, et le remplacement d’une bobine est instantané. De l’autre, le filament est exposé à l’humidité ambiante, ce qui peut poser problème sur le long terme avec des matériaux hygroscopiques comme le PA ou le PETG.

Le principal défaut esthétique et pratique du système reste le capot supérieur amovible. Ce capot, en plastique, gâche visuellement la propreté de la machine et la rend plus encombrante en hauteur. Ce choix d’ingénierie est compréhensible économiquement, mais est difficile à défendre esthétiquement face à la concurrence.

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L’écran et l’interface utilisateur

C’est l’une des meilleures surprises de cette machine. L’écran LCD tactile 4,3″ répond avec une fluidité et une précision remarquables pour une machine dans cette gamme de prix. L’interface organise les informations de manière logique : statut en temps réel, contrôle des températures, accès aux fichiers, monitoring de la caméra.

La caméra intégrée, d’une résolution de 1080p, permet une surveillance à distance convenable, même si la qualité de l’image en conditions d’éclairage faible reste perfectible.

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Le « Smart Grille » et la gestion thermique

La CC2 intègre un système baptisé « Smart Grille » : des aérations motorisées sur le panneau arrière s’ouvrent ou se ferment automatiquement selon le matériau détecté dans le profil d’impression. Pour le PLA, les grilles s’ouvrent pour évacuer la chaleur et favoriser le refroidissement. Pour l’ABS ou l’ASA, elles se ferment pour maintenir une température ambiante homogène dans le caisson et éviter le warping.

En pratique, ce système fonctionne comme annoncé et contribue clairement à la qualité des résultats sur matériaux techniques. C’est une fonctionnalité bien pensée.

Logiciel et Écosystème : une bonne base, quelques bugs

Elegoo Slicer

Elegoo propose son propre logiciel de slicing, Elegoo Slicer, basé sur les fondations open-source d’OrcaSlicer. Les utilisateurs habitués à ces environnements seront immédiatement à l’aise. Le logiciel propose des profils préconfigurés pour chaque matériau, une gestion avancée des supports, un mode de prévisualisation des couches et le contrôle à distance de la machine via Wi-Fi.

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La connexion Wi-Fi est rapide et stable. L’envoi d’un fichier depuis l’ordinateur vers l’imprimante prend quelques secondes, et le suivi en temps réel via la caméra fonctionne sans latence notable.

Un bug de taille : l’estimation du temps d’impression

C’est le défaut le plus irritant de ma période de test. L’estimation du temps affichée par le logiciel est systématiquement et significativement erronée. Sur plusieurs impressions, la machine annonçait 30 minutes là où il en fallait 1h30, ou 2 heures pour une impression qui en a finalement duré 3h15. Ce décalage constant rend la planification des impressions difficile.

Il ne s’agit pas d’une erreur ponctuelle : le phénomène est récurrent et concerne plusieurs profils de matériaux différents. Il semble lié à la façon dont le slicer calcule le temps en tenant compte des accélérations réelles de la machine. Elegoo reconnaît le problème et a annoncé une correction via une mise à jour du firmware et du logiciel Elegoo Slicer, mais à la date de mon test, celle-ci n’était pas encore disponible.

Compatibilité avec d’autres slicers

Bonne nouvelle pour les utilisateurs avancés : la CC2 est compatible avec OrcaSlicer directement, et des profils communautaires commencent à apparaître. La flexibilité de l’écosystème est donc réelle, même si Elegoo Slicer reste la solution la plus simple pour démarrer.

Fonctionnalités Cloud : une surveillance à distance bien pensée

Grande nouveauté : Elegoo a clairement investi dans la connectivité de la Centauri Carbon 2, et cela se ressent dès la première utilisation. Via l’application mobile Elegoo Matrix (disponible sur iOS et Android), il est possible de surveiller, contrôler et gérer ses impressions depuis n’importe où, à condition d’avoir une connexion Internet active.

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La fonctionnalité la plus utile au quotidien reste le monitoring en temps réel. La caméra intégrée diffuse un flux vidéo accessible depuis l’application, permettant de vérifier d’un coup d’œil que l’impression se déroule normalement, que ce soit depuis son canapé ou l’autre bout du monde. La qualité de l’image est suffisante pour détecter un spaghetti (ces fils de filament qui signalent une impression ratée) ou un décollage prématuré du plateau. La latence du flux est raisonnable, de l’ordre de deux à trois secondes, sans décrochage notable lors de mes tests.

L’application permet également d’envoyer des fichiers à imprimer directement depuis son smartphone ou sa tablette, de démarrer, mettre en pause ou annuler une impression à distance, et de consulter l’historique des travaux effectués. Une notification push est envoyée à la fin de chaque impression, ce qui est appréciable pour ne pas laisser une pièce terminée refroidir trop longtemps sur le plateau.

Elegoo propose aussi une détection automatique des erreurs par intelligence artificielle (encore en version bêta à la date de mon test). Le système est censé analyser le flux vidéo en continu et alerter l’utilisateur en cas d’anomalie détectée — décollage, enchevêtrement de filament, ou impression visiblement ratée. Cette fonctionnalité s’est montrée prometteuse mais encore imparfaite : elle a correctement identifié deux impressions ratées sur quatre, mais a aussi généré deux fausses alertes sur des impressions pourtant correctes. Le potentiel est réel, mais la fiabilité doit encore progresser avant de pouvoir s’y fier aveuglément.

Côté gestion de fichiers, le cloud Elegoo permet de stocker ses modèles et profils en ligne, accessibles depuis n’importe quel appareil. C’est pratique pour les utilisateurs qui travaillent sur plusieurs machines ou depuis différents postes de travail. La synchronisation est rapide et je n’ai rencontré aucune perte de fichier lors de mes tests.

En définitive, l’écosystème cloud d’Elegoo est solide et bien pensé pour un usage grand public. Il rivalise sans rougir avec ce que propose Bambu Lab sur ce terrain, et suffit largement aux besoins de la grande majorité des utilisateurs. Les professionnels les plus exigeants en matière de sécurité des données devront en revanche se montrer prudents.

Performances d’impression : le vrai test

C’est évidemment le cœur du sujet. J’ai imprimé plus de cinquante modèles différents sur trois semaines, couvrant la plupart des cas d’usage : objets décoratifs, pièces mécaniques, modèles multicolores, prototypes fonctionnels. Voici le bilan matériau par matériau.

PLA : excellent, sans surprise

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Le PLA est le terrain de jeu naturel de ce type de machine, et la CC2 y excelle. La qualité de surface est impeccable à des vitesses raisonnables, les détails fins sont bien rendus et la précision dimensionnelle est excellente.

Sur la question de la vitesse : le chiffre de 500 mm/s mis en avant par Elegoo est une vitesse de pointe, pas une vitesse d’utilisation réelle. En pratique, mes tests montrent que la qualité reste parfaite jusqu’à 300 mm/s, avec de très rares artefacts. Entre 300 et 400 mm/s, la qualité reste acceptable pour des pièces utilitaires mais montre quelques légères irrégularités sur les parois. Au-delà de 400 mm/s, des artefacts visuels (ringing, légères déformations de coins) deviennent clairement visibles. Cela reste une performance très correcte pour le prix, comparable à ce que propose la concurrence directe.

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PETG : propre, avec quelques ajustements nécessaires

Le PETG s’imprime sans difficulté sur la CC2, mais nécessite quelques ajustements par rapport aux profils par défaut. En particulier, la rétraction et la ventilation méritent d’être affinées pour éviter un stringing léger sur les pièces avec beaucoup de déplacements. Une fois ces réglages effectués, la qualité est au rendez-vous.

TPU (flexible) : une belle surprise

L’extrudeur Direct Drive de la CC2 gère le TPU (Shore 95A) de manière très convaincante. Aucun stringing notable, bonne adhérence entre les couches, et des résultats propres sur des géométries complexes. Une condition reste de sécher le filament avant impression (minimum 6 heures à 45 °C) : sans cette précaution, des bulles et un aspect rugueux apparaissent rapidement.

ABS / ASA : le caisson fermé fait la différence

Grâce à son caisson fermé et au Smart Grille, la CC2 gère bien l’ABS et l’ASA. Le warping est maîtrisé sur des pièces de taille raisonnable (jusqu’à environ 150 mm de côté), et les résultats sont stables et reproductibles.

Multicolore : le vrai point fort de cette version

C’est là que la CC2 brille vraiment et justifie son existence face à la concurrence. Le module CC2 gère les transitions de couleur de façon fluide et fiable. Sur tous les modèles multicolores, des bustes de personnages, des logos en relief, des pièces avec insertions de couleur, les changements se sont effectués proprement, sans mélange intempestif et sans blocage mécanique.

Melchior

Comparatif de vitesse face à la Bambu Lab P2S : sur un modèle multicolore de référence imprimé dans des conditions identiques, la CC2 a terminé en 3h50 contre 4h55 pour la P2S, soit une économie de temps d’environ 22%. C’est significatif et inattendu de la part d’une machine moins chère.

Le point négatif reste la purge. Pour chaque changement de couleur, la machine extrude une quantité importante de filament de purge (les fameux « tours de purge » et « déchets de purge »), ce qui génère un gaspillage notable, surtout sur des impressions avec beaucoup de changements de couleur. Ce comportement est commun à tous les systèmes de ce type, mais il pourrait être optimisé via le logiciel avec des profils de purge plus agressifs.

Melchior pour Frandroid

Pour qui est cette machine ?

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La Centauri Carbon 2 s’adresse clairement à plusieurs profils :

Le maker ou bricoleur enthousiaste qui veut passer à une machine fermée, rapide et multicolore sans débourser 800 euros ou plus. Pour lui, la CC2 est probablement le meilleur rapport qualité-prix du marché en ce début 2026.

Le créateur de contenu ou l’artisan qui imprime principalement du PLA ou du PETG en grandes quantités, et pour qui le multicolore est un plus appréciable. La fiabilité et la vitesse seront au rendez-vous.

En revanche, elle n’est pas destinée au professionnel ou à l’ingénieur qui imprime régulièrement des matériaux techniques exigeants (PA, PC, fibres de carbone). Pour ces usages, la taille du plateau et la buse par défaut ne sont pas adaptés.

Prix et disponibilité

L’Elegoo Centauri Carbon 2 est disponible depuis début 2026 sur le site officiel d’Elegoo et chez plusieurs revendeurs européens. Les tarifs constatés sont les suivants :

CC2 seule (sans module multicolore) : environ 350 euros

CC2 + module Carbon Color 2 (4 couleurs) : environ 480–500 euros

Module CC2 vendu séparément : environ 150 euros

À titre de comparaison, le module AMS Lite de Bambu Lab est vendu seul à environ 230 €, soit 80 € de plus. Et la P2S seule dépasse les 600 €. L’écart de prix est considérable et constitue sans doute le meilleur argument commercial d’Elegoo.

Fonte

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